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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 16:08

 

Par Agnès Rousseaux (17 avril 2012)

La gauche militante serait-elle encore trop austère, le socialisme trop grisâtre et l’écologie trop culpabilisante ? Pour contrecarrer la « mauvaise jouissance » et l’assouvissement immédiat du désir consumériste que véhicule le capitalisme, le politologue Paul Ariès prône un « socialisme gourmand ». Ou comment articuler plaisirs et revendications dans le cadre d’expérimentations alternatives, premières étapes vers une rupture avec le système prédateur actuel.

socialisme_gourmand.gif

 

 

Basta ! : Pourquoi « faire sécession » du capitalisme ? Les analyses de la gauche sur le capitalisme aujourd’hui sont-elles pertinentes ?

Paul Ariès [1] : Il est de plus en plus difficile d’exister réellement dans cet univers voué à la marchandise et à l’accumulation sans fin. Nous peinons à donner un sens réel à nos existences et nous sommes devenus sourds aux appels à la vie. La gauche sous-estime la critique du capitalisme. Le capitalisme, c’est en effet trois choses. C’est un système d’exploitation du travail et de pillage de la nature. Cela, les gauches le critiquent assez bien. Le capitalisme, c’est aussi l’imposition de modes de vie particuliers et de produits qui lui sont spécifiques. Les gauches ont largement perdu la critique des styles de vie capitalistes. Le capitalisme, c’est enfin une réponse à nos angoisses existentielles, au sentiment de finitude, à la peur de mourir. La réponse capitaliste est le toujours plus, plus de richesses économiques et de pouvoir. Ne nous leurrons pas : le capitalisme nous donne à jouir. C’est certes une mauvaise jouissance, une jouissance d’emprise, une jouissance d’avoir. Nous ne pourrons cependant qu’être dans des combats défensifs tant que nous n’inventerons pas nos propres dissolvants d’angoisse existentiels. Je pense bien sûr à des aspects classiques comme l’invention de « communs » (services publics notamment), mais je songe aussi à la place de la fête et de la fantaisie, à l’amour et à l’amitié, à la question de la beauté…


Il faut « passer du désir de socialisme au socialisme de désir », affirmez-vous. Sans désir, pas de révolution possible ?

Le vrai dissensus est aujourd’hui de parler la langue du plaisir avant celle de la revendication. La gauche n’a pas compris que le peuple n’aurait pas de désir propre à opposer au capitalisme tant qu’il n’aurait pas de droit au plaisir. Seul le désir est révolutionnaire. Il ne s’agit plus de combler un manque mais de développer les liaisons sociales : « moins de biens, plus de liens ». Comme le proclamait Deleuze : « Le désir est révolutionnaire parce qu’il veut toujours plus de connexions et d’agencements. » La véritable particule élémentaire, ce n’est pas l’individu, c’est la liaison, le don, la gratuité. Mais en même temps, si le désir est ce qui autorise le plein déploiement de la vie, il est alors aussi ce qui permet que s’opère l’individuation de l’individu. On peut comprendre dès lors qu’il puisse y avoir de la joie dans les maquis ou durant des grèves dures, longues, à l’issue incertaine. Ce sont autant de moments où le combat exprime « la vérité même du mouvement de l’être », c’est-à-dire la « jouissance de l’être comme jouissance d’être » (Robert Misrahi).

Sans cette jouissance d’être, le socialisme ne peut qu’être un échec. Le mouvement pour la réduction du temps de travail (les 32 heures, tout de suite) ou le droit à un revenu garanti sont des instruments essentiels de libération. Mais ils ne pourront jamais à eux seuls nous sortir des années du « plus de jouir » capitaliste et nous libérer des réponses capitalistes face à nos angoisses existentielles. C’est pourquoi il nous faut construire dès maintenant des îlots de socialisme gourmand afin de casser l’imaginaire capitaliste et ce que l’imaginaire socialiste a de capitaliste.


Quel est ce « socialisme gourmand » que vous prônez ?

Parler de « socialisme », c’est continuer à dire que nous avons des ennemis à vaincre, autant le capitalisme que le fétichisme d’État. C’est rappeler que les socialismes n’ont été partisans de la croissance que de manière accidentelle et qu’il est donc possible de penser un socialisme sans croissance. Parler de « gourmandise » permet d’en finir avec l’idée d’un socialisme du nécessaire, d’un socialisme de la grisaille, avec ses générations sacrifiées, ses appareils de parti ou d’État gérant cette mal-jouissance.

 

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