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  • : Blog du comité montreuillois de la FASE. La politique ne peut rester une affaire de spécialistes et doit devenir l'exercice plein pour chacun-e de sa citoyenneté. L'action des élu-e-s doit être dans un prolongement des mobilisations et un moyen de dialogue permanent avec celles-ci au sein des institutions. Convergence, rencontre, pratiques mises en commun, en regroupant la pluralité des cultures et parcours
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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 09:50

1er tour de l'élection présidentielle, J-9. Huit économistes expliquent dans nos colonnes certaines des raisons de leur soutien au programme du Front de gauche et à son candidat. Ils montrent qu’il n’est de réalisme que si l’on combat la loi de l’argent pour l’argent.


«Mélenchon, vos papiers ! » Les prétendus douaniers du suffrage universel, papes autoproclamés de l’orthodoxie économique pratiquent le tri sélectif à la frontière du scrutin. Les propositions que porte le candidat du Front de gauche seraient « irréalistes ». Huit économistes, de tradition, d’engagements différents montrent, au contraire, que pour sortir la France et les Français de la crise actuelle, la seule démarche crédible est celle en faveur de mesures radicales visant à faire reculer la domination de la finance.

Nos « douaniers » électoraux se gardent bien de réclamer des comptes à Nicolas Sarkozy. De lui demander de s’expliquer sur sa promesse de 2007 de réduire le taux de chômage à 5 % au bout de cinq ans, sur l’assurance renouvelée aux Français que le nombre de personnes sans emploi allait enfin baisser.


Une démarche radicalement nouvelle

Ils évitent de mettre en cause la crédibilité des candidats qui prétendent marier l’eau et le feu, l’austérité budgétaire et sociale et la croissance économique. De s’interroger sur cette supercherie consistant à proclamer très utiles au sein des budgets publics les dépenses d’investissement et éminemment dispendieuses les dépenses de fonctionnement, essentiellement celles consacrées aux salaires des fonctionnaires. Comme si, lorsqu’il s’agit de déneiger une route, il fallait considérer le camion à sel comme une bonne dépense et le salaire de celui qui le conduit comme un gâchis insupportable !

Jean-Luc Mélenchon, mardi, au micro de France Inter, a donné son propre chiffrage du financement d’un certain nombre de mesures sociales (voir encadré ci-dessous). Mais le plus important, affirment plusieurs des économistes que nous avons sollicités, c’est la démarche radicalement nouvelle proposée.


Le Front de gauche n’envisage pas dans son programme de trouver simplement des ressources dans ce qui existe afin de financer le Smic, la retraite à soixante ans, le développement des services publics, notamment ceux de la santé, de l’éducation et de la formation. Certes, il ambitionne d’effectuer des prélèvements fiscaux et sociaux qui dégonflent les fortunes, les spéculations, mettent un terme à des gâchis. Mais il entend également en trouver de nouvelles, bien plus importantes. Le projet se fonde sur un changement radical des règles du jeu au cœur même du pouvoir suprême des capitalistes, au sein des banques, Là où se trouve le pouvoir de créer de l’argent. Mais lisez et forgez vous-mêmes votre opinion.


Le chiffrage de Jean-Luc Mélenchon.

Mardi, Jean-Luc Mélenchon a expliqué que 
les 130 milliards d’euros de mesures sociales qu’il envisage seraient financés par les mesures suivantes :

- Taxation des revenus du capital comme 
ceux du travail, 50 milliards.
- Taxation des revenus financiers 
des entreprises, 20 milliards.
- Instauration de 14 nouvelles tranches progressives à l’impôt sur le revenu, 20 milliards.
- Renforcement de l’ISF et des droits 
de succession, 10 milliards.
- Suppression des niches fiscales 
et sociales inutiles, entre 10 et 20 milliards.
- Taxation différentielle des fraudes 
fiscales, 30 milliards.


Les explications de huit économistes

  • Frédéric Boccara, membre de la commission économique du PCF 
et du conseil national de campagne de Jean-Luc Mélenchon.

"Priorité aux services publics"

Le programme du Front de gauche est le seul qui mette l’expansion sociale et du social comme un objectif et au cœur de sa logique. C’est nécessaire face au programme de Sarkozy, qui fragilise les salariés et donc l’efficacité économique réelle avec par exemple les accords de compétitivité qui autorisent la baisse des salaires. Un président candidat qui vient encore d’annoncer une diminution supplémentaire de 53,5 milliards d’euros des dépenses publiques. Lui comme Marine Le Pen sont d’accord pour appliquer la règle d’or, de déficit public zéro avant tout.


Le Front de gauche affirme l’absolue nécessité d’une expansion nouvelle des services publics, de l’emploi, des qualifications et des salaires. C’est une nécessité absolue pour relever les défis d’une autre efficacité, basée sur les capacités des hommes et des femmes et leur développement, pour répondre aux aspirations sociales de notre peuple, et pour sortir la France de l’ornière avec une l’impulsion d’une tout autre croissance. C’est incontournable aussi bien pour réindustrialiser vraiment et autrement que pour relever les défis écologiques. Ceux-ci exigent à la fois un développement sans précédent de services publics ouverts à l’intervention et des dépenses non soumises aux diktats des marchés financiers.


Le programme du Front de gauche est cohérent et donc réaliste, face aux incohérences contradictoires de F. Hollande qui affirme partager une ambition sociale, refuser l’austérité, et rivalise, cependant, avec la droite pour atteindre le déficit zéro en fin de mandat !


Mais la cohérence du programme du Front de gauche vient surtout de ce qu’il se donne les moyens de ses ambitions : des pouvoirs nouveaux et des moyens financiers. Et ceci en affirmant l’ambition de traiter simultanément l’enjeu français, l’enjeu européen et l’enjeu mondial. Car le principal obstacle à la mise en œuvre d’objectifs sociaux ambitieux ce sont les marchés financiers. Il s’agit de desserrer leur tenaille, avec un État qui leur verse l’an dernier en intérêts 48 milliards d’euros, pas loin du budget de l’éducation nationale, et des entreprises qui dépensent en charges bancaires et dividendes 309 milliards d’euros, plus du double de leurs cotisations sociales employeur ! Les faire reculer, voilà ce qui est urgent, réaliste !


Les trois propositions majeures du Front de gauche sont décisives : un pôle public bancaire et financier pratiquant un autre crédit, sélectif. D’autant moins cher que les investissements à financer programment plus d’emplois, de salaires et de valeur ajoutée ; un fonds européen de développement social et écologique, à gestion démocratique, abondé par la création monétaire de la BCE pour financer un essor des services publics ; et bien sûr une BCE qui rachète massivement le stock des dettes publiques.


Du côté des pouvoirs démocratiques, il est décisif que les salariés puissent non seulement suspendre les plans de licenciement, mais faire aussi des contre-propositions, avec leurs institutions élues et, point crucial à ne pas omettre, qu’ils puissent saisir le pôle public bancaire pour de l’argent à l’appui de leurs propositions.


Ce sont des propositions cohérentes, radicales, mais réalistes, s’inscrivant dans un changement effectif graduel.


Ce sont les enjeux déterminants de la période qui s’ouvre, surtout s’il y a une victoire de la gauche, enjeux pour la bataille d’idées, et ils sont au cœur des débats des économistes critiques, enjeu aussi pour la bataille politique et sociale présente et à venir.

  • Philippe Légé, maître de conférences à l’université de Picardie.

"Partager les richesses"

Les politiques qui ont échoué doivent être aggravées : telle est la devise des dirigeants européens qui ont adopté le MES (mécanisme européen de stabilité) et le nouveau pacte budgétaire. La Commission imposerait l’austérité et une majorité qualifiée des pays serait nécessaire pour s’y opposer. Les conséquences sont prévisibles. Il suffit d’observer la catastrophe en cours. En Grèce, où l’économie se contracte pour la cinquième année, le taux de chômage a bondi de 14,2 % à 20,7 % en un an. En Espagne, la récession revient et le taux de chômage atteindra 25 % en fin d’année. Sur le marché des dettes souveraines, où le répit a été de courte durée, les taux d’intérêt ont recommencé à augmenter. En 2012, la croissance de la zone euro sera négative.


La France n’est pas à l’abri, car la dynamique d’ensemble ressemble à une spirale. L’Insee anticipe d’ailleurs au premier semestre 2012 le plus fort recul du pouvoir d’achat depuis la fin 2008. Et si Nicolas Sarkozy ose se vanter de la « baisse tendancielle de l’augmentation du chômage », cela signifie simplement que l’économie française continue de détruire plus d’emplois qu’elle n’en crée. Il faut y mettre un terme, mais comment ?


En visant le retour à l’équilibre budgétaire en 2017, François Hollande se distingue de Nicolas Sarkozy quant au calendrier mais pas quant à l’objectif : rassurer les marchés. C’est feindre d’oublier l’effet récessif des plans d’austérité et c’est surtout poursuivre la logique mortifère actuelle. Il faut au contraire changer les règles du jeu.


Le programme du Front de gauche a le grand mérite de commencer par expliquer comment « partager les richesses » et « reprendre le pouvoir aux banques et aux marchés financiers ». Ce sont des conditions indispensables. Si on ne touche pas à la répartition des richesses et aux institutions néolibérales, la seule sortie de crise envisageable est la régression généralisée.


À l’heure de la crise du capitalisme néolibéral, aucun programme de gauche n’est crédible s’il ne prévoit pas de briser la finance. Celui du Front de gauche intègre la nécessité de mettre fin au chantage des spéculateurs sur la gestion des entreprises et des États. Il comprend aussi des propositions permettant de revenir sur la baisse de la part salariale dans la valeur ajoutée. La hausse du Smic à 1 700 euros se répercutera intégralement jusqu’à 1,1 Smic et produira des augmentations importantes jusqu’à 1,5 Smic. Avec cet effet d’entraînement, 50 % des salariés en bénéficieront. Les autres travailleurs gagneront de nouveaux droits sociaux, de meilleurs services publics et des emplois par la généralisation des 35 heures sans perte de salaire et sans annualisation.


Le programme du Front de gauche prend aussi acte de l’incapacité du marché à organiser la transition énergétique. La nationalisation d’EDF, GDF, Areva et Total dans le cadre d’une planification écologique est porteuse d’espoir. Elle permettrait d’amorcer un début de rupture avec la logique capitaliste, à condition que la population elle-même prenne au sérieux « l’exigence de la maîtrise publique, sociale et démocratique » du secteur.

  • Michel Husson, économiste, membre du conseil national de campagne de Jean-Luc Mélenchon.

"Libérer l’emploi 
du profit"

Contre le chômage, on n’a pas tout essayé. Toutes les politiques d’inspiration libérale (baisse du coût du travail, TVA « sociale » et autres politiques « de l’offre » pour « relance de la croissance », etc.) ont fait la preuve de leur inefficacité. Elles oublient que la montée du chômage depuis trente ans est rigoureusement parallèle à celle des profits non réinvestis, qui ont nourri les bulles financières. Si les dividendes versés par les entreprises représentaient la même proportion de leur masse salariale qu’il y a trente ans, ils seraient inférieurs de 60 milliards, ce qui équivaut à près de 2 millions d’emplois. De même, les allégements de cotisations sociales permettraient, si on les recyclait, de rémunérer près d’un million de salariés. Toute politique d’emploi ambitieuse doit donc s’appuyer sur un changement radical dans la répartition des revenus, permettant d’activer les créations d’emplois dans le privé et dans le public.


Dans le privé, la baisse du temps de travail est le seul moyen de créer des emplois durables. C’est pourquoi il faut rétablir une autre utilisation des gains de productivité. Au lieu d’être transférés aux actionnaires, ils devraient être affectés, selon une « règle des trois tiers », à la création d’emplois par baisse du temps de travail, à la revalorisation des bas salaires et à l’augmentation des ressources de la protection sociale. Plutôt qu’une société divisée entre stressés du travail, précaires et chômeurs, il faut aller vers une société du temps libre où tout le monde travaille, mais moins.


Aujourd’hui, la possibilité de créer des emplois est soumise au seul critère de rentabilité. Donnez-nous les moyens d’être compétitifs (lire rentables) et le reste (l’emploi) vous sera donné de surcroît. Une véritable révolution copernicienne est nécessaire : la société doit choisir ses priorités et créer ensuite des emplois là où sont identifiés les besoins, en utilisant ainsi pleinement ses capacités. L’objectif est que tout le monde soit employé de la façon la plus efficace, en mesurant cette efficacité par l’utilité sociale et non par la rentabilité dégagée. L’extension du secteur public est ici décisive, pour favoriser cette adéquation des ressources de main-d’œuvre aux besoins : éducation, santé, petite enfance, dépendance, services à la personne, investissements écologiques, etc.


La cohérence du programme du Front de gauche en matière d’emploi est assurée parce qu’il combine plusieurs propositions : refondre le système de crédit afin de réorienter l’activité économique ; donner des droits nouveaux aux travailleurs ; enclencher une dynamique de transition vers un autre modèle de développement. Mais il prévoit aussi des mesures immédiates, comme la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires qui fonctionnent comme un frein à l’embauche, le passage effectif aux 35 heures avec embauches correspondantes, la création d’emplois socialement et écologiquement utiles dans le secteur public au sens large (fonction publique, collectivités territoriales, associations).

  • Jean-Marie Harribey, économiste « atterré ».

"La transition écologique sera sociale 
ou ne sera pas"

À voir la situation sociale dans laquelle le sarkozysme a conduit la France, on ne peut guère s’étonner de l’impasse écologique actuelle car les deux vont de pair : à « l’environnement, ça commence à bien faire » correspond le « casse-toi, pauv’ con » adressé à tous les travailleurs inquiets de leur avenir. Les perspectives ne sont pas meilleures aux niveaux européen et mondial. Les prévisions les plus pessimistes du Giec (1) risquent de se réaliser : une hausse moyenne de la température terrestre de plus de 4 °C, mettant en branle des mécanismes non maîtrisables, car les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont augmenté de 50 % depuis 1990. Lors de la conférence de l’ONU à Durban, les gouvernements n’ont pas voulu s’engager au-delà du protocole de Kyoto. Ils ont montré leur incapacité à résoudre la crise du capitalisme dans toutes ses dimensions, économique, sociale et écologique : ils refusent en réalité de remettre en cause un modèle de développement qui a failli en termes de bien-être humain et de respect des équilibres écologiques. Trop de privilèges et de fortunes des classes dominantes seraient compromis si un tel modèle gaspilleur et inégalitaire était abandonné.


Pourtant, les voies pour sortir du capitalisme productiviste commencent à être définies sur la base de principes radicalement nouveaux :

– protéger et étendre, au fur et à mesure des besoins, la sphère non marchande pour produire les services d’ordre qualitatif que sont l’éducation, la santé, la culture, la recherche, la distribution de l’eau…, et délimiter strictement la sphère marchande avec l’obligation de respecter scrupuleusement les normes sociales et environnementales décidées collectivement. La protection des biens communs contre leur marchandisation est la clé de leur partage entre tous les humains ;

– instaurer une planification démocratique pour décider des grands choix d’investissement, notamment sur les types d’infrastructures, de transports et énergétiques, sur le logement et l’urbanisme. N’importe quelle production n’est pas justifiée, même au nom de l’emploi ; d’ailleurs sa qualité implique celle du travail ;

– relocaliser autant que possible les activités, notamment pour préserver la souveraineté alimentaire des peuples et pour réduire les transports ;

– engager une transition énergétique fondée sur la sobriété, l’efficacité, et les énergies renouvelables. Elle requiert une forte réduction de la consommation d’énergie, faute de quoi les renouvelables ne pourront satisfaire cette consommation à un coût raisonnable, d’autant que la sortie du nucléaire doit être mise en débat public immédiatement ;

– mettre en cohérence des outils économiques et les normes socio-écologiques : la fiscalité écologique s’intègre dans une réforme globale de la fiscalité. On peut appliquer un prix différent aux usages de certains biens, par un système de taxes approprié, selon qu’ils répondent à des besoins de base (alimentation, hygiène, santé) ou de confort, voire d’ostentation ;

– s’éloigner du productivisme suppose aussi d’affecter les gains de productivité à réduire le temps de travail plutôt que produire toujours plus, car la transition écologique exige davantage de justice sociale et de partage des richesses et du travail à accomplir. La condition première pour y parvenir est de réduire drastiquement les inégalités de revenu, grâce à trois leviers : fixation d’un revenu minimum décent pour tous, fixation d’un revenu maximum, réforme radicale de la fiscalité pour la rendre plus progressive.

(1) Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, créé en 1988.

  • Jean-Cristophe Le Duigou, membre de la Commission économique de la nation.

"Relancer les salaires et reconsidérer le travail"

L’objectif de porter le Smic à 1 700 euros par mois se veut le symbole d’une rupture avec la logique de déflation salariale. « Ce serait irréaliste », décrète un expert de l’Institut de l’entreprise. Oui, eu égard aux critères de gestion actuels. Mais, bien entendu, non si l’on ambitionne de bousculer la logique de la rentabilité financière. La déflation salariale a été la contrepartie de la financiarisation de l’économie : le niveau des salaires a baissé, le prix des actifs financiers et immobiliers a explosé. Ainsi alors que les rémunérations salariales stagnent depuis quinze ans, le volume des actifs financiers détenus par les entreprises a été multiplié par 2,5 ! La politique de désindexation des salaires, la permanence d’un fort taux de chômage et le renvoi des négociations salariales au niveau des entreprises ont comprimé les rémunérations. Cette stratégie du « low cost salarial » nous conduit droit dans le mur.


L’augmentation des petits salaires est indispensable. Depuis le milieu des années 1990, les écarts salariaux se sont creusés entre les salariés les mieux payés et les autres catégories. Dans une masse salariale qui relativement à la valeur ajoutée s’est réduite, la part revenant aux salariés modestes et moyens a diminué de plus de 2 points en trente ans. À l’inverse, les 200 000 salariés les mieux payés ont vu leur part dans la masse salariale quasiment doubler.


La garantie d’une rémunération stable est une urgence. La dégradation du revenu salarial touche en priorité les jeunes, les femmes et les salariés peu qualifiés. Elle provient à la fois d’inégalités dans le salaire journalier et de différences dans le nombre de jours rémunérés annuellement. Le nombre de ces travailleuses et travailleurs partiellement salariés sur une année ne cesse d’augmenter. Il a doublé en trente ans. Cette précarité touche désormais plus du tiers du salariat.


La crise actuelle met en exergue le besoin d’une nouvelle stratégie de développement social, économique et environnemental, ce qui suppose évidemment une relance des salaires liée à une nouvelle approche du travail. « Soigner » le travail est une priorité. Cela nécessite de desserrer l’étau du financement qui étrangle les entreprises et de donner la priorité au développement des capacités humaines.


Le message doit être clair : il ne s’agit pas seulement de « revaloriser » le travail. Il s’agit de faire des propositions afin de le mettre au service de la satisfaction des besoins humains fondamentaux : la santé, l’habitat, la préservation de la planète, l’alimentation, la culture, la communication, l’information. Répondre à ces besoins nécessite de reconsidérer le travail, sa place, son rôle, son contenu et les capacités créatives de l’homme qui s’y expriment. La bataille sur le Smic engage un affrontement sans précédent de critères, de normes et de valeurs. Une politique globale du travail est un levier prioritaire pour la sortie de crise.

  • Guillaume Etievant, président de la commission économie du Parti de gauche.

"Tourner l’économie 
vers l’intérêt général"

Alors que la finance est responsable en grande partie de la crise actuelle, elle n’apparaît pas être le centre de cette campagne électorale. François Hollande a bien déclaré qu’elle était son principal ennemi, mais son programme économique reste bien timide sur cette question. Quant à Nicolas Sarkozy, on attend toujours sa moralisation du capitalisme promis début 2009. Les choix sont pourtant urgents à faire. Seul le programme du Front de gauche se propose de mettre en place des mesures drastiques de réglementation de la finance.


Si le Front de gauche arrive au pouvoir il réinstaurera le contrôle des mouvements de capitaux à nos frontières et taxera fortement les transactions autorisées. Les produits financiers tels les ventes à découvert, qui permettent de vendre un titre que l’on ne détient pas, ou les CDS, qui permettent de spéculer sur les dettes souveraines, seront interdits. Le financement des biens publics sera renationalisé pour empêcher les marchés financiers de se goinfrer sur le dos des peuples. La gestion des entreprises sera également définanciarisée grâce à la taxation des revenus financiers, à la suppression des stock-options et à l’interdiction des LBO. Ces derniers permettent actuellement aux actionnaires d’acheter une entreprise grâce à un recours massif à l’emprunt, qu’ils remboursent par une hausse de la rentabilité, en faisant pression sur les salariés. Par ailleurs, un pôle public bancaire au service de l’intérêt général sera créé et les banques d’investissement seront séparées des banques de dépôt.


Bref, les solutions ne manquent pas. Elles ne sont pour le moment pas appliquées car, depuis trente ans, les gouvernements ont choisi de s’asservir aux exigences du capital. La crise actuelle n’a rien d’inéluctable : elle provient de choix économiques et politiques clairs, influencés par les théories libérales, qui ont laissé les mains libres à la finance. Aujourd’hui, les sociaux-démocrates dans toute l’Europe ne peuvent plus agir contre la finance car ils restent prisonniers des traités européens. François Hollande a d’ailleurs débuté sa campagne en allant rassurer immédiatement les marchés financiers à la City de Londres. Et son programme a tout pour les satisfaire : 
absence de réglementation 
sérieuse de leurs pratiques, aucune proposition pour mieux répartir la valeur ajoutée des entreprises, aucune hausse du Smic…


À l’inverse, le Front de gauche propose une grande bifurcation de notre modèle économique, pour qu’il soit tourné vers l’intérêt général et non plus vers les intérêts privés de l’oligarchie financière. Il se donne les moyens de cet objectif en prônant clairement la désobéissance européenne et l’opposition frontale aux différents traités européens. La dynamique de sa campagne permet aujourd’hui au peuple tout entier d’ouvrir les yeux et de se rendre compte que des alternatives existent. Elles sont simples à mettre en place, par la force de la loi.

  • Denis Durand, économiste, syndicaliste.

"Où trouver l’argent ? pas sur les marchés financiers"

Le programme du Front de gauche n’est pas un catalogue de promesses sociales que l’on pourrait satisfaire par la vertu d’une simple redistribution des richesses. La crise du capitalisme financiarisé est profonde, aussi notre stratégie économique est-elle d’amorcer un nouveau type de développement fondé sur l’économie des dépenses en ressources naturelles et en charges financières, pour pouvoir dépenser plus pour les salaires et l’emploi : l’humain d’abord !


Mais cela exige dès à présent de réaliser des investissements considérables pour pouvoir créer beaucoup d’emplois. Où trouver l’argent ? Sur les marchés financiers ? Sûrement pas ! C’est cela qui nous a conduits au chômage de masse et aux crises spéculatives de plus en plus destructrices. Dans les banques, alors ? En effet, les banques disposent d’un pouvoir extraordinaire : décider à qui ira l’argent de leurs crédits. Mais depuis trente ans les politiques monétaires menées par les banques centrales ont incité les banques à financer les spéculations financières plutôt que l’emploi et la création de richesses réelles.


Changer ces politiques est un levier indispensable pour sortir des cercles vicieux du chômage et de l’austérité. Bien sûr, pour changer les objectifs et le statut de la Banque centrale européenne, il faudra changer les traités européens. C’est ce que prévoit le programme du Front de gauche. Mais il appelle à commencer cette action dès aujourd’hui. Les luttes sociales et politiques commencent à interpeller les banques pour qu’elles donnent à la priorité à l’emploi, au développement des territoires, à la préservation de l’environnement. Elles auront à le faire de plus en plus à mesure que la crise s’approfondira.


Ces exigences peuvent, demain, être l’objet d’assemblées régionales et d’une assemblée nationale pour l’emploi, les qualifications et les salaires. Un pôle financier public donnerait l’impulsion à une mobilisation de tout le système financier dans ce sens.


La Banque de France analyse les comptes et le financement de plus de 250 000 entreprises. Dès aujourd’hui, elle a les moyens de dire aux banques : tel crédit accordé à telle entreprise a servi à créer des emplois pour développer de nouvelles productions utiles et protéger l’environnement, à développer des recherches. Il mérite donc d’être encouragé, je suis d’accord pour que la BCE te prête cet argent, à un taux inférieur à celui du marché, voire à 0 %. Tel autre crédit a servi à exporter des capitaux, à délocaliser des productions, à remplacer des emplois par des machines : ne compte pas sur moi, ni sur la BCE, pour le refinancer !


La même logique présiderait au financement direct par la BCE, grâce à son pouvoir de création monétaire, du fonds européen de développement social, écologique et solidaire dont le Front de gauche préconise la création. Ce fonds serait affecté au financement de dépenses publiques répondant à des critères soigneusement vérifiés d’efficacité économique (création de valeur ajoutée dans les territoires), sociale (sécurisation de l’emploi et de la formation) et écologique (économies d’énergies et de ressources naturelles).


Ainsi, pour le Front de gauche, la réorientation de l’action de la BCE n’est pas un instrument magique pour résoudre la crise à la place des peuples : c’est l’enjeu d’un combat qui concerne tous les citoyens.

  • Dany Lang, 
enseignant-chercheur à l’université Paris XIII.

"Changer d’Europe 
pour sortir de la crise"

Depuis 1986 et l’Acte unique, les traités européens successifs poussent tous plus avant la logique néolibérale. Le traité de Maastricht de 1992 a introduit le principe de « non-solidarité » entre États européens en cas de crise et a interdit à la Banque centrale européenne (BCE) d’acheter ou même de garantir la dette publique. Toujours d’actualité puisqu’ils ont été repris dans tous les traités ultérieurs, ces principes partent du présupposé que les marchés allouent les ressources de manière efficace. Ils visent donc à confier aux marchés la délicate tâche de faire converger nos économies.


Or, au lieu d’amener la croissance, la stabilité et la convergence, les marchés ont mené l’Europe au bord du gouffre. Et ils continuent de faire preuve de leur inefficacité, puisqu’avec l’appui de leurs bras armés que sont la Commission, la BCE et le Fonds monétaire international (FMI), ils imposent aux économies européennes des plans d’austérité absurdes. Ces plans sont contre-productifs, alors même que nos économies sont touchées par la pire crise depuis la grande dépression des années 1930. En plombant durablement la croissance, ces plans réduisent les recettes fiscales, déjà affectées par la crise. Cela contribue à l’envolée des dettes publiques, justifiant ainsi la mise en œuvre de nouveaux plans d’austérité. L’Europe se trouve ainsi piégée dans un cercle vicieux. C’est son existence même qui est aujourd’hui mise en péril.


Face à la crise, les chefs d’État et de gouvernement se sont acharnés à reproduire et aggraver les recettes néolibérales qui ont échoué. Les multiples sommets européens ont ainsi engendré, entre autres, le pacte pour l’euro plus, le mécanisme européen de stabilité (MES) et le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). Juridiquement verrouillés, non amendables, ces textes imposent une austérité sans fin ainsi qu’une mise sous tutelle des États. Ils transfèrent les armes budgétaires et fiscales des pouvoirs élus démocratiquement vers des pouvoirs technocratiques.


Pour sortir de la crise économique, écologique et démocratique, un changement d’Europe s’impose. La première mesure à prendre d’urgence pour mettre fin définitivement à la crise des dettes publiques est d’autoriser la BCE à garantir et racheter la dette publique. Il faut également remettre en cause l’indépendance de la BCE par rapport aux instances démocratiquement élues comme le Parlement européen. Dans un contexte de crise, il est irresponsable de priver les États des leviers budgétaires et fiscaux, indispensables pour relancer l’activité. Les traités imposant l’austérité comme le TSCG doivent donc être soumis à référendum.


L’Europe a également l’ardente obligation de renouer avec une vision de long terme, en s’engageant dans une politique de planification. Il faut ainsi refonder la politique agricole commune (PAC) afin de promouvoir une agriculture de proximité et de qualité. De grands programmes européens technologiques et industriels dans les grands domaines d’avenir (comme les énergies renouvelables, l’éducation et la recherche ou les infrastructures) doivent être mis en œuvre. Ces programmes seront financés grâce à la création d’un pôle financier public, qui collectera l’épargne des ménages et œuvrera au service de l’économie réelle. Enfin, il faut construire l’Europe sociale en étendant les droits sociaux et en créant de nouveaux (salaire minimum, couverture sociale, retraites).


La désobéissance européenne, la soumission des traités à référendum ou 
la planification écologique apparaissent ainsi comme autant d’éléments pertinents et indispensables 
pour changer d’Europe et assurer l’indispensable transition écologique. Cette stratégie, c’est celle du Front de gauche et de son candidat Jean-Luc Mélenchon.


Pierre Ivorra

 

http://www.humanite.fr/politique/le-projet-du-front-de-gauche-est-credible-contre-la-finance-494413

 


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